Votre Oksa Pollock a connu bien des péripéties avant d’arriver en librairie. Un an après la reprise de la série, il y a aujourd’hui 20 traductions d’Oksa Pollock à paraître, presque toutes en 2011, un film cinéma signé... Comment avez-vous vécu la nouvelle vie de votre Oksa ?
Anne Plichota : C’est comme si je m’étais transportée dans une autre dimension ! La plus belle récompense de toute personne qui fait beaucoup d’efforts, qui donne beaucoup d’elle-même, c’est la reconnaissance, et grâce à notre maison d’éditions, c’est devenu quelque chose de tangible. Mais il ne faut pas se laisser distraire ni tourner la tête. La chance et la lumière ont un goût exquis, mais j’aime garder le cap, travailler, toujours, sans relâche, en gardant les pieds sur terre tout en laissant ce bonheur se distiller dans le cœur et l’esprit.
Cendrine Wolf : La reprise d’Oksa a été et restera un grand moment pour moi, qui rêvais d’être éditée ! Avec XO, j’ai découvert une équipe qui aime Oksa, qui nous soutient Anne et moi, qui est toujours là pour dépasser les moments de doute. Alors quand ils nous ont annoncé pour le film… je n’ai même pas les mots pour exprimer ce que j’ai ressenti. Un conte de fée. Du bonheur à l’état pur.
Ce tome 3 est donc le premier inédit à paraître chez XO. Comment s’est passée la reprise de l’écriture à deux ?
Anne : Le travail en duo se passe toujours aussi bien, peut-être même mieux qu’avant. Cendrine et moi sommes plus confiantes et surtout moins seules, s’affranchir de certaines hésitations est un luxe que, personnellement, je savoure (sans parler des aspects beaucoup plus pratiques de toute la vie d’un livre : fini les livraisons de cartons qui vous brisent les bras !). Avons-nous changé ? Certainement. J’hésite moins, donc le travail d’écriture est plus efficace, plus précis et en même temps je m’accorde plus de liberté(s). Je suis à l’aise avec ce que je fais et j’adore ça.
Cendrine : Le fait qu’Oksa soit lue par beaucoup plus de personnes qu’auparavant est très stimulant, ça « énergise » l’écriture. Anne et moi sommes plus en osmose, il y a moins de désaccords sur la façon d’aborder l’intrigue, le travail d’écriture, le traitement des personnages. On rit beaucoup plus ! Et puis pour ce tome, il y avait une grande part de création, l’aspect inédit a été un plaisir indéniable.
Et aujourd’hui, entre travail, promotion et écriture, vous parvenez à conserver ce lien privilégié avec vos jeunes lecteurs noué sur Internet ?
Anne : Même si les Pollockmaniaks sont beaucoup plus nombreux aujourd’hui, bien sûr je garde une tendresse particulière pour ceux qui sont à nos côtés depuis le début. Je n’entretiens pas de lien visible sur Internet, ce qui ne signifie pas que je prends de la distance, non non. J’ai un œil sur eux, de loin, je les suis, ils me font rire, ils m’émeuvent, ils m’encouragent sans forcément le savoir. Et puis il n’y a rien que j’aime davantage que de les rencontrer en chair et en os sur les salons ou lors des dédicaces, leurs regards qui brillent, leur émotion, leur curiosité me donnent une force irremplaçable !
Cendrine : Maintenant que j’ai arrêté de travailler pour écrire, je peux me consacrer très largement au forum d’Oksa et aux Pollockmaniaks qui sont plus nombreux de jour en jour. J’ai toujours travaillé avec et pour des jeunes, je les connais bien et aujourd’hui, je continue de répondre à leurs questions parfois très personnelles ou complexes, plus en tant qu’adulte qu’en tant qu’écrivain car c’est dans ma nature.
Qu’est-ce que les enfants apprécient dans le livre Oksa Pollock, selon vous ?
Anne : Hormis ses pouvoirs, Oksa est une jeune fille qui leur ressemble : elle a les mêmes soucis, les mêmes contraintes, les mêmes tourments et les mêmes bonheurs que la plupart des ados. Le fait qu’elle ne soit pas orpheline comme de nombreux héros du registre fantastique est un atout supplémentaire : ses parents, sa famille sont très présents, comme pour la majorité des jeunes de cet âge. Par ailleurs, bien qu’elle ait des pouvoirs, Oksa est confrontée à des limites, des fragilités, des frustrations. Elle n’est pas invincible et encore moins exemplaire.
Cendrine : Plus globalement, l’histoire d’Oksa explore les thèmes de l’amitié, de l’amour naissant, de la destinée et de l’identité qui sont recherchés par les jeunes lecteurs. Ils nous disent aussi qu’ils sont très attachés aux personnages, et ça je pense que c’est parce que nous nous sentons réellement proches de cette famille Pollock, nous l’aimons, et les lecteurs le sentent, ça leur donne envie de la suivre !
Vous travaillez dans une bibliothèque de Strasbourg, qu’est-ce que ce métier représente pour vous ?
Anne : J’adore mon métier ! La notion de service public est quelque chose de fondamental à mes yeux, elle a toujours été au centre des différents métiers que j’ai exercés : aide-soignante en gériatrie, écrivain public, bibliothécaire depuis une dizaine d’années. J’aime aider, écouter, guider les autres. M’assurer que chacun reparte de la bibliothèque en ayant ce qu’il cherchait, trouver la réponse à ses questions, faire découvrir (car j’aime l’idée que dans « découvrir », il y a « ouvrir »). Proposer des livres quand je sais qu’ils vont provoquer des émotions, des rires, des battements de cœur. Alimenter les esprits gourmands et la part de rêve indispensable à chacun.
Cendrine : Ce qui m’a séduite tout le temps où j’ai été responsable du secteur jeunesse, c’est le contact avec les personnes, que ce soit les (gentils) lecteurs que l’on conseille ou avec lesquels on discute (ils nous apprennent beaucoup de choses, eux aussi !) ou les rencontres avec les auteurs et illustrateurs. Et quelle joie de voir le regard émerveillé des enfants lorsqu’on leur raconte des histoires, car je m’occupais des animations pour les maternelles toutes les semaines. Notre mission est d’aider les lecteurs à trouver leur bonheur, mais aussi de leur faire découvrir des textes, des auteurs dont on entend peu parler. Mais pour l’instant j’ai arrêté, je préfère me consacrer totalement à Oksa… et aux différents projets en cours !